Revue

N47 | 2019
 

Varia

« Le djihad de la vache » au Mali. Deux (ou trois) choses que je sais de lui…

Giovanni Zanoletti

En contextualisant le « concret » des interactions sociales dans les zones pastorales du centre et du nord du Mali, cet article va à l’encontre des postures sécuro-théologiques dominantes dans les analyses de la violence « djihadiste » au Mali. Le phénomène « djihadiste » ne semble pas, dans ce contexte, relever de manière univoque du fait religieux, mais plutôt être le support d’un entrelacs d’économies spirituelle, morale et marchande. Ce que l’auteur appelle « le djihad de la vache » résulte de l’insertion de ces zones dans l’espace économique, politique, religieux et symbolique de l’État-nation globalisé. « Le djihad de la vache » contribue à revivifier les dynamiques pastorales autour de références éthiques réactualisées, et à redéfinir la frontière entre communautés dans un écosystème pastoral en transformation.

La fabrique de l’asile sans le droit à l’asile. La gestion différentielle des exilés « non européens » en Turquie

Elen Le Chêne

« Réfugié » (mülteci), « migrant » (göçmen), « invité » (misafir), « demandeur d’asile » (sığınmacı)… Afin de mieux comprendre la manière avec laquelle le pouvoir politique accueille les populations en exil en Turquie, cet article questionne la production des catégories étatiques de l’asile des années 1930 jusqu’à aujourd’hui. Pour les « non Européens », c’est l’octroi de statuts temporaires qui prévaut, créant des exilés « ni désirables, ni expulsables », comme c’est le cas dans la plupart des pays dits « du Sud ». Cet article décrit la réticence structurelle de la Turquie à l’installation durable des exilés « non Européens ». Il expose par ailleurs les logiques d’un traitement différentiel de certaines nationalités ou de groupes (religieux, ethniques) et les différents moyens qui le rendent possible. L’analyse des « mots » et des définitions juridiques est couplée à celle des usages de ces catégories. Arrangements avec le droit international, contournements de la catégorie de réfugié, vides juridiques, régime de protection exceptionnel, recours persistant à l’infra-droit, marge explicite de discrétion administrative : ce large répertoire d’actions permet aux autorités politiques et administratives de se ménager un espace de latitude pour inclure, tolérer, marginaliser ou exclure les exilés au gré des priorités politiques nationales. Si le régime d’inclusion et d’exclusion de l’État s’ajuste en situation, il se structure toutefois historiquement autour d’une grille de lecture ethno-confessionnelle. L’accueil des exilés depuis le début du conflit syrien en 2011 ne fait pas exception. Les autorités ont renoué avec un traitement « à la carte », couplé avec l’adoption d’un régime de protection dégradé, inspiré du droit communautaire européen.

Le Parti communiste chinois, le Front Uni et les triades : patriotisme, business et crime organisé

Emmanuel Jourda

Durant les années 1980 et 1990, le Parti communiste chinois (PCC) a démarché les Triades de Hongkong et Macao afin d’éviter qu’elles ne troublent les négociations puis les cérémonies de rétrocession de ces colonies. Il les considérait alors comme une menace potentielle, puisque historiquement elles étaient affiliées aux troupes et aux gangsters proches du Kuomintang. Dorénavant, vis-à-vis de Taiwan, le PCC favorise les revendications nationalistes des Hongmen, dont se revendiquent les Triades, et leur activisme politique pour promouvoir l’unité de la « grande Chine » contre l’indigénisation de la République de Chine à Taiwan et la montée de l’identité taiwanaise. Cet article met en lumière l’existence, au cours des quarante dernières années, d’un Front Uni continu envers ces marges de la société, mais dans une problématique qui s’est progressivement inversée au gré de l’étatisation et de la nationalisation du Parti communiste.

Charivaria

Le franc CFA vu d’Italie, de France et d’Afrique

Débat restitué par Béatrice Hibou

Ce texte restitue un débat organisé par le FASOPO autour du franc CFA à partir de la polémique qui avait eu lieu, en janvier et février 2019, quand l’Italie avait accusé la France, et son « franc colonial », d’être à l’origine de l’émigration des Africains en Europe. La table-ronde, animée par Jean-François Bayart et Boris Samuel, était composée de Massimo Amato, Mario Giro, Jean-Pierre Bekolo et Kako Nubukpo. Cette polémique est l’occasion de discuter de la place de l’Afrique dans les tensions entre la France et l’Italie et de la spécificité des colonisations française et italienne. Mais beaucoup plus profondément, elle permet de revenir sur le débat autour du FCFA au-delà des arguments populistes, même si ces derniers, bien présents, doivent être pris en compte et analysés en tant que tels.

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