Revue

N40 | 2017
 

Varia

La cité radiophonique. Démocratie de chantier, domination technocratique et patriotisme bureaucratique en Ouganda

Florence Brisset-Foucault

Dans la région des Rwenzori, en Ouganda, la radio participe de la « bureaucratisation du monde ». En encourageant la création de « forums d’auditeurs », elle met en scène des technocrates procéduriers et des citoyens vigilants quant à leurs services publics. Des formes anciennes de leadership reposant sur le patronage et l’endossement d’une mission pédagogique d’édifi cation des masses s’y renouvellent à l’aune de l’imaginaire néolibéral. Ces émissions réinsuffl ent du sens à l’Etat et le remettent au centre du développement. Mais dans la cité radiophonique, ses bienfaits sont réservés aux « citoyens soucieux », qui rejettent l’idée que l’intervention de l’Etat est un droit, et qui démontrent leur bienséance grâce aux atours de la bureaucratie. Pour eux, les forums radiophoniques s’insèrent dans des rêves bien particuliers de modernité et de renaissance morale, faisant de la bureaucratie le vecteur d’une ambition patriotique de civilisation, d’égalité et de standardisation.

Crise de légitimité ou légitimation par les crises ? Etats d’urgence, d’exception et de nécessité

Massimo Cuono

Le mot « crise » est aujourd’hui utilisé massivement dans le débat public, d’un côté pour souligner la progressive perte de légitimité des Etats et des mécanismes classiques de la démocratie représentative, de l’autre pour décrire la complexité croissante des problèmes politiques que les gouvernements doivent prendre en compte. Cet article vise à comparer les différents aspects de la crise de légitimité du politique avec la crise comme espace privilégié de légitimation des processus de gouvernement à l’ère de la mondialisation, du développement technologique et de la disparition supposée des idéologies. A partir d’un parallèle avec les usages médicaux, et plus généralement avec le modèle organiciste de la vie politique auquel il semble renvoyer, le concept de crise est saisi dans trois dimensions qui concourent à le défi nir : l’urgence, l’exception et la nécessité. Ces dimensions sont elles-mêmes reliées à leurs critères de légitimation respectifs : rapidité de la prise de décision, effectivité concrète de l’action gouvernementale et spontanéité dans la recherche de solutions aux problèmes politiques.

Charivaria

An emerging military power in Central Africa? Chad under Idriss Déby

Roland Marchal

L’engagement du Tchad au Mali en janvier 2013, et dans tous les Etats voisins les années suivantes, donne une image de force à un régime qui est également vu comme de plus en plus fragile. Cette contradiction peut être comprise si l’on analyse la dynamique des événements qui ont décidé, lors des deux dernières décennies, le président Idriss Déby Itno à jouer avec succès la carte du principal allié régional de l’Occident contre le terrorisme dans la région du Sahel. Les raisons de ce succès sont enracinées dans sa gestion des tensions internes comme dans sa capacité à se positionner de façon astucieuse dans des polarisations régionales. Ces politiques ont permis le développement d’un appareil militaire impressionnant. Les revenus du pétrole ont été cruciaux dans l’acquisition de ce pouvoir, mais l’économie rentière a eu des effets à long terme négatifs en accroissant l’avidité de l’élite dirigeante et des proches du président, et en affaiblissant la légitimité du régime parmi les populations marginalisées. La capacité de projeter des troupes au-delà des frontières du pays apparaît ambiguë, notamment après la chute des cours du pétrole, en 2014. Elle a exacerbé les contradictions internes au régime autant qu’elle a construit de nouvelles alliances régionales et internationales pour trouver des ressources fi nancières et politiques alternatives, de façon à conserver une machine militaire

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